Dragana Trifkovic: La révolution colorée est enfin à la maison

Si Trump a besoin d’aide pour rétablir l’ordre, nous serons très heureux de lui envoyer des soldats américains des bases d’occupation militaire du monde entier

Dragana Trifkovic (Source: Centre des études géostratégiques)

Les opinions habituelles des libéraux pro-occidentaux sont les suivantes: quand ils pensent à l’Occident, cela les associe à la démocratie, à la liberté d’expression et aux droits de l’Homme. L’Est par contre les associe à la dictature et à la répression. Ils forment leurs propres préjugés sur la base des reportages et de la propagande médiatiques diffusés par les médias mondiaux depuis des décennies. Si vous leur demandez ce qu’ils pensent de l’imposition de la démocratie par les bombes, ils n’auront pas de réponse à cette question.

Leurs sujets de prédilection sont les goulags soviétiques, bien qu’ils en savent peu de choses. Le symbole de la dictature communiste c’est Staline, et si vous leur posez des questions sur le sanglant Lénine, vous n’entendrez que des bonnes choses sur lui.

Ils ne supportent pas Poutine et ils se mettent en dépression nerveuse immédiatement lorsque son nom est mentionné. Il est très difficile de discuter avec eux, surtout s’ils font du zèle, et dans la plupart des cas, ils le font.

La représentation de Vladimir Poutine par la presse occidentale

Ils sont particulièrement intolérants vis-à-vis des arguments clairs. La démocratie américaine est leur modèle incontesté et devrait être imposée partout. Mais rien ne va plus, la démocratie vient d’exploser en Amérique. Au sens littéral du terme. Cela ne me rend pas du tout heureuse. Je sais que l’establishment américain, en plus de bombarder la moitié de la planète – y compris mon pays, a détruit son propre État. Et tout cela sous le slogan de la soi-disant lutte pour les droits de l’Homme.

La doctrine est une chose, les statistiques en sont une autre

Les États-Unis ont dépensé beaucoup d’argent pour financer des guerres au cours des dernières décennies. Chaque contribuable américain a contribué pour que l’armée américaine puisse lancer des bombes quelque part dans le monde. Le montant en question n’est pas facile à déterminer, mais selon les recherches de Watson Institute for International and Public Affairs de la Brown University (Institut Watson pour les affaires internationales et publiques de l’Université de Brown) seulement depuis le 11 septembre 2001 et la déclaration de guerre contre le terrorisme, les États-Unis ont dépensé 6 ,4 milliards de dollars pour financer des guerres. Leur conclusion est que les guerres ont été accompagnées de violations des droits de l’homme et des libertés civiles, aux États-Unis et à l’étranger.

Julian Assange a également informé le monde à ce sujet, en publiant l’intégralité des archives de différentsdocuments sur son site Wikileaks. Eh bien, pour avoir montré au monde entier la vérité sur le meurtre de civils et de journalistes en Afghanistan et en Irak, il a reçu le prix Nobel de la paix. Ah non, attendez, le prix Nobel de la paix a été décerné à Obama, celui qui a poursuivi les anciennes guerres et en a commencé de nouvelles au Moyen-Orient, et d’ailleurs, c’est aussi celui qui est connu pour avoir tué des gens avec des drones? C’est peut-être pour ça qu’il a été récompensé? Mais pourquoi ce prix est-il appelé alors le prix de la paix? Je pose à nouveau des questions stupides.

Barack Obama reçoit le prix Nobel de la paix en 2009 (Photo: Wikimedia Commons)

Et Snowden alors, celui qui a révélé au monde entier que les services de renseignement américains mettaient à l’écoute leurs citoyens et collectaient des données à leur sujet sans autorisation! En plus,  ils emprisonnent encore des gens sans procès ni preuves! Eh bien, c’est vraiment le zénith de la démocratie! Snowden a été promu pour une telle découverte! Ah non, attendez, Snowden a dû fuir les États-Unis. Et vous savez où ? Il est parti au pays de ce dictateur, Poutine!

Quelque chose me dit que les choses ne sont pas très claires. Avant, les dissidents fuyaient de l’Est vers l’Ouest,  et aujourd’hui ils font exactement le contraire? On dirait qu’ils ne comprennent pas du tout la démocratie.

En même temps, personne n’a même invité ces deux gars à révéler des secrets aussi inquiétants au monde et à divulguer aux libéraux les faits déjà établis et irréfutables sur la démocratie américaine. Qui leur a donné ce droit? Attendez, tout le monde est censé avoir des droits dans une démocratie, non? Et tout le monde a le droit de connaître la vérité? Peut-être pas, si cette vérité n’est pas bonne à entendre?

Edward Snowden (Photo: flickr.com/thierry ehrmann)

Revenons à ces goulags soviétiques, aux prisons russes et chinoises. Peut-être que nous pouvons en tirer des leçons. Assez souvent, on nous montre à la télévision ces gros gars d’OMON,  jeter des manifestants dans des camionnettes. Pour les libéraux, c’est la principale preuve que la répression règne en Russie. J’ai essayé d’expliquer à un ami libéral que les manifestants enfreignent la loi parce qu’ils ne déclarent pas les rassemblements, et en Russie, il est interdit d’enfreindre la loi. Il m’a dit que j’étais un agent du Kremlin et qu’il n’écouterait pas ma propagande. J’ai juste ri, ce qui l’a fait me détester encore plus.

Mais j’avais encore mauvaise conscience car je ne l’avais pas assez énervé. Je suis rentrée à la maison et je me suis mise au travail. J’ai trouvé un site sur Internet qui publie des analyses relatives au nombre de détenus dans différents pays. Afin de ne plus le mettre en position de m’accuser de diffuser de la propagande pro-russe, j’ai trouvé des données de recherche publiées par l’institut de l’Université de Londres. Et devinez quel pays a le plus de prisonniers au monde? Oui, vous avez deviné, le bastion de la démocratie – les États-Unis. Il y a plus de deux  millions deux cent mille personnes (2 200 000) dans les prisons américaines. Et savez-vous combien il y en a dans le goulag en Russie? Plus de quatre fois moins! Certes, les États-Unis ont plus d’habitants, mais en pourcentage, les États-Unis comptent deux fois plus de prisonniers par habitant que la Russie.

J’ai dûment enregistré toutes les données, copié les liens et envoyé un message à cet ami libéral en lui disant que j’étais désolée de vouloir le convaincre par la propagande russe ordinaire, et que je me sentais donc obligée de lui fournir des données plus précises venant de sources occidentales. Il ne m’a jamais répondu.

Des Nikes pour la dignité

Et il se trouvait que le même jour, des manifestations ont commencé aux États Unis. J’ai regardé cette vidéo effrayante où un policier tient un genou sur le cou d’un homme qui gémit en disant qu’il ne peut pas respirer. Il n’a même pas résisté à l’arrestation, sur la vidéo il me semblait qu’il était dans un état alcoolique et qu’il pouvait à peine bouger, traînant ses jambes derrière lui. La police l’a projeté sur le sol et lui a mis le genou sur son cou. Il a perdu connaissance et est décédé peu de temps après. Brutal.

Cet évènement a déclenché une série de manifestations dans plus de 150 villes à travers les États Unis.

La raison en était la répression policière excessive. Ce n’est pas nouveau aux États Unis. À titre de comparaison, en 2015, lorsque le président américain était Barack Obama, selon l’analyse du Guardian britannique, en seulement 24 jours depuis le début de l’année 2015, plus de personnes ont été tuées par la police américaine (59) qu’en Angleterre en 24 ans (54). Le mouvement Black Lives Matter, qui mène des manifestations dans de nombreuses villes américaines, est en fait né en 2013 à une époque où Barack Obama était à la tête des États-Unis, après le meurtre d’un adolescent afro-américain, ce qui a provoqué une montée des tensions raciales. Ce meurtre s’était produit lorsqu’un Américain armé, un membre de la soi-disant garde civile, a soupçonné un jeune homme qui marchait dans la rue. La Garde civile est composée de membres de la communauté locale, qui s’organisent pour se protéger contre le cambriolage et le vol. Ces faits indiquent plusieurs choses. La première c’est que la sécurité des citoyens américains n’est pas à un niveau satisfaisant si les citoyens doivent s’organiser en patrouilles. La deuxième chose c’est qu’il s’agit d’une société dans laquelle il existe de fortes tensions, voire une intolérance raciale. La troisième chose c’est que le système judiciaire américain ne répond pas aux attentes des citoyens, comme l’a montré l’épilogue judiciaire dans le cas du meurtre d’un adolescent, mais aussi de nombreux autres exemples. La quatrième chose enfin met l’accent sur le recours excessif à la force par la police américaine. Nous en conviendrons, c’est trop de doute sur la base d’arguments réels, et surtout trop pour un pays qui est considéré comme un modèle de démocratie, un modèle souhaité pour le monde entier et un pays qui s’est déclaré être l’arbitre de la justice partout dans le monde, appelé à protéger les droits de l’Homme de toute l’humanité. Il s’avère que ce pays n’est même pas en mesure de protéger les droits de l’Homme dans son propre pays.

Hommage devant une murale avec l’image de George Floyd à Minneapolis, Minnesota, le 1er juin 2020 (Photo: Stephen Maturen / Getty Images)

Les manifestations actuelles aux États Unis se sont transformées en véritables guerres de rue dans certaines villes, et l’insatisfaction des citoyens s’est transformée en une violence encore pire. Au lieu de montrer de la dignité en recherchant la justice pour le meurtre de George Floyd, ils ont profité de ce moment pour briser les vitrines des magasins, voler des sacs à main Louis Vuitton, des montres Rolex, des baskets Nike et de nouveaux survêtements. Ils ont ainsi créé des doutes sur leurs intentions et approfondi les problèmes auxquels la société est confrontée.

L’organisation Black Lives Matter estime que les Noirs aux États-Unis sont victimes de discrimination et qu’il existe une continuité du racisme systémique dans ce pays. Le problème de la société américaine est l’utilisation du stéréotype des Afro-Américains, qui est basé sur des motifs racistes. Aux États Unis, il existe un site spécialisé dans les statistiques sur le risque de décès lors d’interventions policières. Selon les données de ce site, de 2012 à 2018, la police a tué en moyenne 2,8 personnes par jour. Les Noirs sont les plus à risque, et selon les statistiques de cette période, 2,4 Afro-Américains, 1,2 Hispaniques et 0,7 Blancs ont été tués.

Aux actions de protestation aux États-Unis se sont rejoints les membres de l’organisation extrémiste ANTIFA, qui a provoqué des émeutes et des conflits dans certaines villes. Outre le conflit avec la police, de nombreux commerces ont été détruites et pillés, d’importants dégâts matériels ont été causés et des incendies ont été initiés dans certaines villes. De tels événements ont encore aggravé la situation dans laquelle l’économie se trouve, qui a déjà subi un coup dur en raison des mesures d’urgence mises en place en raison de l’épidémie de coronavirus. Le président américain Donald Trump a déclaré qu’il entamerait une procédure pour inclure l’ANTIFA sur la liste des organisations terroristes.

Il est évident qu’il y a une rupture profonde et sérieuse dans la société américaine, ainsi que le fait que les deux parties opposées entrent dans un conflit croissant, en utilisant tous les moyens possibles à leur disposition. Les élections présidentielles aux États-Unis devraient se tenir au début du mois de novembre de cette année, au cours desquelles l’actuel président Donald Trump se battra pour un nouveau mandat. C’est la principale raison pour laquelle l’ANTIFA, attaché aux structures de „l’État profond“, a organisé des provocations dans le but de déclencher le plus de troubles possible aux États-Unis.

Maïdan pour Donald

Derrière le spectacle, qui se déroule devant le public, il y a un conflit encore plus grand entre les structures libérales d’une part, basées sur le système de l’État profond (politiciens libéraux des deux partis, la plupart de l’élite hollywoodienne, les médias grand public, banquiers, etc.) et les structures conservatrices et patriotiques (politiciens conservateurs des deux partis, le secteur de la sécurité militaire, hommes d’affaires, bons pères de famille, etc.) qui offrent un système différent. Cette lutte se poursuit depuis l’arrivée de Donald Trump à la tête des États Unis, qui s’efforce de changer le système depuis quatre ans. Le marais américain ne peut pas être asséché en un seul terme, de sorte que le travail ne fait que commencer. Cependant, la réélection de Donald Trump constituerait un grand danger pour l’ordre libéral, et c’est pourquoi ce qui se passe actuellement aux États-Unis est un exemple évident de l’organisation d’un coup d’État contre des politiciens indésirables qui ne correspondent pas à l’agenda des structures libérales.

D’un autre côté, le recours excessif à la force par les structures de sécurité militaire américaines contre les manifestants est un argument que les États Unis utilisait pour s’ingérer dans les affaires intérieures de nombreux pays. Maintenant, par exemple, la Russie, pourrait-elle  lancer une action internationale afin de protéger les droits de l’Homme des manifestants aux États-Unis? Elle serait probablement soutenue par le Venezuela, la Syrie, l’Iran, la Chine et qui sait combien d’autres pays que les États Unis ont récompensé avec des bombes.

„Lorsque le pillage commence, les tirs commencent aussi.“ Twitter a caché cette publication de Trump parce qu’elle „glorifie la violence“ (Source: impression écran / Twitter)

Outre la crise politique, sociale et sanitaire aux États-Unis, le plus gros problème est la crise économique. Donald Trump affirme qu’il a fait plus pour les Noirs aux États Unis que tout autre président américain après Lincoln. Si nous regardons les indicateurs économiques des quatre dernières années, cela fait référence au fait qu’il a réduit le chômage aux États-Unis. La crise économique qui a éclaté aux États-Unis en 2008 a menacé les catégories les plus vulnérables socialement, y compris les Afro-Américains. Un grand nombre de Noirs ont également perdu leur emploi en raison de la délocalisation de la production des États Unis vers l’Asie.

La politique de Donald Trump visait à résoudre ces problèmes et a donné d’excellents résultats. Cependant, pendant l’épidémie de coronavirus, 40 millions d’Américains ont perdu leur emploi. Auparavant, le chômage était de 3,5%, et il se situe désormais autour de 15%, ce qui signifie qu’un Américain sur quatre en état de travailler est au chômage. Cette situation remet en question tous les résultats précédemment obtenus, et les manifestations déstabilisent davantage la situation et ne vont pas en faveur de l’actuel président américain. D’un autre côté, l’opposant de Trump est un politicien profondément impliqué dans la corruption et contre lequel une enquête est déjà en cours concernant l’abus de pouvoir en Ukraine. Clinton fait également l’objet d’une enquête pour abus de pouvoir, corruption, financement du terrorisme, etc. Il y a des indications qu’une enquête pourrait également être lancés dans le cas d’Obama. La course électorale aux États-Unis restera incertaine jusqu’à la fin dans les circonstances données, mais ce qui est certain, c’est que le conflit qui existe dans la société ne pourra pas être résolu facilement ni rapidement.

Selon toute vraisemblance, il se poursuivra après les élections présidentielles, quel que soit le résultat.

Et les pays dans lesquels les États Unis avaient organisé des coups d’État et des révolutions colorées sont déstabilisés sur le long terme.

Pendant ce temps, les manifestations contre la répression policière et le racisme aux États-Unis se sont transformées en actes de pillage de biens de consommation et en une confrontation avec des symboles de l’histoire américaine. Et c’est quelque chose que nous avons vu déjà à plusieurs reprises en Irak, en Syrie, en Libye…

Si Trump a besoin d’aide pour rétablir l’ordre, nous serons très heureux de lui envoyer des soldats américains des bases d’occupation militaire du monde entier. Si cela n’aide pas non plus, il peut demander conseil à la Russie.

Dragana Trifkovic, directeur du Centre des études géostratégiques

Belgrade, Serbie

Traduit du serbe par: Svetlana Maksovic

(Stanje stvari, 10. 6. 2020)


Liens :

https://stanjestvari.com/2020/05/06/dragana-trifkovic-virus-korona-u-sad-da-li-ce-pravda-biti-spasena/

https://comptroller.defense.gov/Portals/45/documents/Section1090Reports/Section_1090_FY17_NDAA_Cost_of_Wars_to_Per_Taxpayer-March_2019.pdf

https://watson.brown.edu/costsofwar/

https://www.prisonstudies.org/highest-to-lowest/prison-population-total?field_region_taxonomy_tid=All

https://www.pogo.org/analysis/2019/12/adding-up-the-cost-of-our-never-ending-wars/

https://www.theguardian.com/us-news/2015/jun/09/the-counted-police-killings-us-vs-other-countries?fbclid=IwAR1hndlFtfz0RRabO02zvH8GWhNAj7Hw-0SWOeUi0-6E6zogxnxhbNdyvuM

https://ajph.aphapublications.org/doi/10.2105/AJPH.2018.304559

https://www.washingtonpost.com/politics/2020/06/05/trum%D0%B0ps-claim-that-hes-done-more-blacks-than-any-president-since-lincoln/



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